Chroniques
We are Fool, They are Foals (2/2) : Total Life Forever
Une métamorphose.
Les Antidotes du premier album soignaient la tête. Sur le coup. Total Life Forever purifie l’âme, et ce de manière éternelle.
Comme un parfum, une essence, et à la manière de Radiohead, précédemment cités, une totale évolution, d’un rock mathématique et virevoltant à une partition symphonique pour cinq cerveaux délabrés.
Des moelles «abymées» par les deux mois d’enfermement dans un studio suédois qu’ils se sont imposés pour terminer le deuxième album. Comme une épreuve, au-delà de la musique, un plongeon en soi-même, au plus profond de ses ressources et de celle des autres. Car c’est bien la folie qui les a guetté l’espace d’un instant durant cet exil, reclus dans une zone industrielle, par une température extérieure glaciale, en contact permanent avec les autres membres du groupes.
Ils expliquent dans une interview qu’ils n’étaient pas satisfaits du premier album Antidotes, trop superficiel à leur goût, qu’ils auraient pu s’arrêter là, à ce concept de musique mathématique aux accords complexes et calés. Ils auraient pu continuer à jouer leur musique tout simplement.
Ou trop simplement. Car nos amis restent avant tout des perfectionnistes.
Et ils avaient un arrière goût de non abouti. Un profond malaise. Heureux d’avoir sorti un premier album mais ce dernier répondait de moins en moins à ce qu’ils étaient, à ce qu’ils désiraient faire réellement.
Foals s’est alors cherché durant la tournée qui a suivi Antidotes, après les concerts, travaillant sans relâche à un renouveau, un second album comme un second souffle.
Total Life Forever sort donc à l’été 2010.
La pochette nous plonge alors dans les abysses musicales, les cinq membres du groupe y tombant lentement et profondément.
Une image qui gêne, qui interpelle.
La première note vient taper presqu’en sourdine nos tympans, désireux d’entendre enfin la suite d’Antidotes, dans le même style si possible.
Mais c’est la surprise.
Une note pure. Une suite de notes claires. On voyage sur Blue Blood et Yannis nous transcende : « You’ve got blue blood in your hands, I think it’s my own ». Comme inspirée de rythmes éthiopiens, la chanson va crescendo.
Les Foals surprennent, alors que l’on s’attendait à quelque chose de plus bougeant, ils proposent une nouvelle musique, un nouveau style.
A prendre ou à laisser.
Les fans de la première heure auront tendance à laisser au premier abord. En effet, le choc est tel que l’on est facilement déboussolé. Même après l’écoute de l’album dans sa totalité, on continue de rester perplexe. Un sentiment étrange nous envahit. On se sent trompé. Comme si Foals nous avait laissé sur le bord du chemin pendant deux années. Et c’est un peu à contrecœur et avec la nostalgie d’Antidotes que l’on écoute l’album une seconde fois. Mais c’est à la deuxième approche que l’on commence à ouvrir réellement les yeux. C’était pourtant clair.
Ainsi, Miami, la deuxième chanson de l’album, renoue avec des rythmiques complexes qui virevoltent mais qui, totalement maîtrisées, prennent de la puissance. « I never love you more than today…miami bad miami bad miami bad… »
Le groupe a affirmé lors d’une interview avoir effectué un travail important sur l’univers qu’ils voulaient donner de l’album et sur les paroles.
« Top of the world, bottom of the ocean ». Black Gold se veut un avertissement, évoquant la connerie humaine. Car si l’Homme en est aujourd’hui à ce stade, c’est finalement grâce au fond bleu pétrole des mers. Mais c’est bien la nature qui, au final, l’emportera, comme elle emporte les cinq membres, les cinq corps, qui coulent.
Mais s’il y a une chanson à retenir, c’est Spanish Sahara. De toute manière elle s’immiscera dans votre esprit d’une manière ou d’une autre, « i’m the fury in your head, i’m the fury in your bed, i’m the ghost in the back of your head »…Proche de la paranoïa que les membres de Foals ont développé lors de l’enregistrement de l’album, la chanson se base sur une trame très lente et douce qui va monter peu à peu et finalement totalement exploser en vol. Yannis Philippakis, à la manière d’un comédien, réalise la prouesse de transmettre véritablement des émotions dans la chanson, une voix fébrile qui vient hurler inlassablement les mêmes paroles. Des frissons tout le long du corps. Le clip est un bijou, à tous les niveaux, et vaut vraiment le détour, car c’est vraiment sur cette chanson que Foals a atteint sa maturité, son paroxysme, son degré 10 sur l’échelle de la folie. Un manque d’oxygène insoutenable.
« It’s your heart, it’s your heart, that gives me this western feeling ». This Orient joue la carte d’un math rock décalé, une suite de notes fraîches, une véritable respiration après l’inquiétant Spanish Sahara. Le groupe semble prendre une nouvelle orientation.
Et même si les Foals s’enfoncent de plus en plus dans l’obscurité des océans au fur et à mesure de l’album, ils arrivent à nous faire voyager, à nous montrer des paysages tous différents : l’Afrique Centrale, la Floride, le Sahara ou encore un bout d’Orient, un peu comme des flashs. Car si la pochette créait autant d’émotion au début sans trop qu’on sache pourquoi, après l’écoute de l’album on comprend. On découvre avec horreur que les membres du groupe se noient. Et les paysages qu’ils nous montrent sont des souvenirs, les images d’une vie, qui se perd dans les eaux sombres.
Et nous avec eux.
Mais alors que l’espoir renaissait, l’album bascule, un peu à la manière d’Antidotes, qui prend un virage à 180° à la toute fin de l’album. Ici le bug survient vers le milieu, où des Foals surpassés par les machines de Fugue s’enlisent inlassablement vers le fond.
Les sons crépitent et le piano joue de plus en plus lentement, renvoyant au Like Swimming du premier album, à l’origine du premier bug, un véritable pied de nez puisque les membres du groupe luttent ici tant bien que mal dans une eau froide et opaque.
After Glow prend la suite, le manque d’air devenant de plus en plus inquiétant. Une chanson torturée composée de rythmes rapides puis lents, comme les battements d’un cœur qui ralentit…
« she’s open the sky, open the door, she’s open the sky, and the sky is on fire.». Le bout du tunnel est proche et une lumière blanche vient nous éblouir, le souffle s’estompe. Yannis, durant tout l’album a évoqué l’amour. Son amour pour quelqu’un, « L’amour d’albâtre » (Alabaster). Alors qu’il n’en faisait jusque là qu’allusion, parlant à une hypothétique personne, le chanteur se lance ici dans une véritable déclaration. Certainement la dernière. Le sang n’afflue plus et le rythme vital ralentit. Un dernier soubresaut. Avant la fin.
La fin.
Elle tient en deux chansons.
2 Trees d’abord. « help yourself, help the rest, give blood away » est un appel du plus profond de l’âme, un long cri venu de l’intérieur qui vient déchirer les récifs. Un véritable SOS. A la manière d’un requiem, les guitares résonnent dans l’immensité de l’océan, pour perdurer le plus longtemps possible, même si l’espoir d’en réchapper s’amenuise de seconde en seconde…
Puis c’est la libération.
Non, nos cinq amis ne sont pas sains et sauf. Bien au contraire. Ils sombrent toujours plus profondément. Mais ils attendent la fin avec calme et sérénité. Bientôt tout sera fini. What Remains vient se garnir de riffs que l’on avait plus vu depuis cinq ans et l’aventure du Edmund Fitzgerald, le premier groupe de Yannis Philippakis et Jack Bevan (voir article 1/2). Rappelons alors cette histoire d’un cargo qui avait mystérieusement coulé en 1975.
Comme Foals aujourd’hui. Et nous, entraînés dans leur sillage.











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