Watch The Throne est l’un des albums les plus attendus de l’année. Toute la sphère musicale pose ses regards sur cet album à plusieurs enjeux : Le résultat d’un supergroupe entre deux des plus grands rappeurs actuels, Kanye West & Jay-Z, et surtout voir s’il reprendra le flambeau de My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Résultat ? Un album excellent. Ils sont toujours sur le trône.
En fait, on va arrêter la comparaison à My Beautiful truc maintenant. MBDTF a une prétention artistique, c’est une épopée à travers l’amour, teintée de rap de luxe. Considérés comme plusieurs comme un album parfait, c’est surtout grâce à sa portée artistique propre à l’égo sur dimensionné de Yeezy. Il n’en est rien pour Watch The Throne, si ce n’est une prétention plus fun. Ye is chillin’, Jay is chillin, What more can I say ? c’est exactement ce qu’on ressent : ils s’amusent. Ils veulent juste checker s’ils sont toujours sur le trône ou pas. On retrouvera quand même une prétention de grandeur assez artistique, vu toutes les lines où on parle de philosophes, d’artistes, ou encore où les deux rappeurs comparent leur trône à un empire romain, comme dans No Church In The Wild, Why I Love You, etc.
On retrouve toujours avec joie l’égo énorme des deux compères. Ils en parlent dans chacun de leurs sons ici, comme prévu. Ils rappent de manière fine, avec un flow énorme, sur une production excellente. On retrouvera donc une production très atypique : On voit rarement un format conventionnel, c’est-à dire couplet/refrain/couplet/refrain, on retrouve plus des trucs plus expérimentaux, originaux, comme on a l’habitude avec Kanye : souvent une intro, des couplets où les deux collaborent, rarement des refrains, des fois le beat change en plein milieu, et presque sur chaque son des outros étranges mais du plus bel effet.
D’ailleurs la production, variée, est excellente : On retrouve plusieurs influences, déjà. Moins “luxueuses” que celles de MBDTF mais maîtrisées : On retrouvera des samples plus “classiques” comme Kanye le faisait sur ses premières productions (The Blueprint de Jay-Z, The College Dropout, etc). De la Soul, funk, du R’n'B, ds rythmes plus doux… On se croirait presque sur 808s avec des sons comme New Day, et on s’en plaint pas. Cependant, avec les mêmes samples, on fait des chansons différentes. En samplant James Brown, on retrouve l’entraînante Otis, mais aussi la profonde No Church In The Wild, et d’autres chansons. Mais surtout l’utilisation est maîtrisée, car on alternera des chansons plus douces et centrées R’n'B (Lift Off, New Day, Made In America…) et des chansons plus puissantes (Niggas in Paris, H.A.M, Who Gon’ Stop Me…). Ces dernières sont d’ailleurs variées : On retrouvera des beats relativement puissants, comme l’excellente Niggas In Paris, où le beat à la POWER finit en une outro sublime et profonde. Sur Who Gon’ Stop Me, on retrouvera de la dubstep pour accompagner les rimes du duo. James Brown sera encore samplé pour le ryhtme rapide de That’s My Bitch.
Ça coule de source, le flow est au top, sur cette excellente production. Les deux rappeurs collaborent VRAIMENT. Sur des sons comme Niggas in Paris, Why I Love You, Gotta Have it, etc, les deux suivent le même modèle qu’ Otis : Chacun construit sa rime en exploitant celle de l’autre, et l’autre enchaîne dessus, et ainsi de suite. Jay-Z est quand même très présent sur l’album… presque plus que Kanye.
C’est donc très varié, et il y a une part de profondeur sur chacun des sons. Sur la très belle New Day qui sample Nina Simone, Hov et Ye’ parlent de l’éducation de leurs futurs enfants. Interprétons ça différemment : Ils sont sur le trône, leurs enfants seront rois, c’est une vision du monde qu’ils donnent, comment gouverner. I might even make him republican, so everybody know he love white people. L’émotion est au top sur ce son quand Jay-Z parle de sa vie et de ses problèmes avec son père. Eh oui, Kanye c’est aussi l’émotion qu’il transmet comme sur 808s.
Niggas in Paris confirme la suprématie des deux rappeurs. Après quelques minutes de rap effréné, sur un beat puissant, accompagné de lyrics énormes, on débouche sur une outro sublime, profonde et intense, et surtout pleine de swag. You are now watchin the throne, don’t let me into my zone. C’est sûrement le son sur lequel ils déclarent le plus (et où on ressent le plus) leur statut sur le rap game. Aiiiight.
Why I Love You est plus un retour à la réalité malgré les métaphores aux proportions épiques. La fin de l’album, qui s’ouvre sur un anthem à la All Of The Lights, avec le chant magnifique de Mr Hudson, les choeurs épiques, le beat profond… C’est très intense. Hova se prend vraiment pour un roi, comparant son statut sur le rap game à un empire romain. C’est magnifiquement bien écrit, une métaphore superbe où Jay-Z se pose en empereur de l’empire déchu, et se remet en question. I tried to teach niggas how to be kings, And all they ever wanted was to be soldiers. Il insulte les ingrats, tous ceux qui l’ont abandonné. Il se demande alors, Wasn’t I a good King ? Et peu à peu le son se transforme en une collaboration énorme entre Kanye et Jay-Z. Dans le dernier couplet, c’est même plus un format où chacun lance une phrase, ici chacun finit la phrase de l’autre, et c’est comme s’ils ne faisaient plus qu’un. Le beat devient plus doux, c’est du real talk. La franchise est la meilleure chose du rap, Jay-Z nous le montre bien avec ce son épique.
On l’aura donc bien compris : Kanye et Jay-Z sont bien sur le motherfucking trône. Ils nous servent du rap de qualité, avec une production excellente, des lines énormes, et une réelle impression de collaboration entre les deux, c’est presque une connexion spirituelle. Alternant les sons plus doux et R’n'B et les sons plus puissants, c’est très varié. Tous les sons sont relativement bons, ça dépendra des goûts de chacun, même les 4 bonus tracks sont excellents, suivant la lignée des sons de l’album. Pas aussi parfait que MBDTF, mais très différent. On n’écoute pas Kanye, ou Jay-Z, on écoute THE THRONE. Varié, bien produit, c’est un album à ne pas manquer cette année. 8.5/10.
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