The Age of Adz, quand le grotesque devient sublime

En cette nuit des plus tristes du 17 février, alors que j’essayais de noyer mon chagrin traditionnellement dans du Saez, cela n’a eu aucun effet à ma grande surprise. Je me suis mis alors à chercher un album qui pourrait littéralement me labourer les entrailles. Nonchalamment, je mis le premier titre de The Age of Adz de Sufjan Stevens en écoute – l’album faisait partie d’une longue liste d’attente –, et ce fut tout de suite clair : je tenais mon album-miracle !

Futile Devise, le parfait titre pour commencer. Un titre presque classique, mais qui émerveille inexplicablement… La fascination commence, et pourtant, ce titre ne dit absolument rien sur le reste de l’album. Futile Devise, c’est la goutte de pluie qui vous mouille le bout du nez avant l’averse.

En effet, Too Much nous fait l’effet d’une mauvaise surprise au début. De la bonne drill’n’bass, certes, mais cela n’a totalement rien à voir avec Futile Devise. Une drill’n’bass enragée, presque sauvage qui débouche paradoxalement sur une musique riante ! Une joie inattendue. Un rythme naïf. Sufjan Stevens a ce talent de sauter d’une ambiance à l’autre sans choquer personne. Bien au contraire ! On est agréablement surpris par ce changement presque brusque. Et encore une fois, quand on s’y attend le moins, Sufjan nous sort une musique attristée, des violons qui pleurent et des chœurs au loin. Le cœur gros, on s’attend à une fin cataclysmique. Non. Pas avec Stevens. Ce génie n’aime pas qu’on prédise ce qu’il va nous pondre. Le comble de l’imprévisible : une musique héroïque. Un délire. Un film. Too Much est une histoire. Too Much est une vie.

I Walked commence par des rythmes électroniques avant que Sufjan n’use d’une voix fantastique pour nous chanter des mélopées chagrinées. Les refrains sont littéralement idylliques et nous laissent sans voix.  Une chanson triste… des échos… du génie.

Now That I’m Older est d’une beauté divine. Une introduction éclatante. La voix translucide de l’Américain n’a décidément pas fini de nous enchanter. S’y mêlent des chœurs, des instruments qu’on peine à reconnaître. Une chanson murmurée à nos oreilles comme une comptine pour adultes, un secret, un mystère.

Après un Get Real Get Right optimiste et presque joyeux et un Bad Communication très étrange, Sufjan revient à sa mélancolie. Vesuvius est un chef d’œuvre à lui tout seul. Une superbe mélodie à vous lacérer les intestins comme un couteau de boucher, à  vous tuer avec la sûreté d’une balle de revolver dans la tempe droite. Un titre vraiment incroyable. Tellement incroyable que moi qui ai d’habitude honte de mon anglais me suis retrouvé à répéter à haute voix «Vesuvius Fire and Fire Follow me now as I favor the ghost». Et je pense que c’est impossible de ne pas le faire en écoutant Vesuvius. Moi qui voulais noyer mon chagrin quelque part, ce titre m’a noyé. A écouter sans modération.

All For My Self et I Want to Be Well, Sufjan aurait pu achever l’album par ces deux morceaux, et ça aurait été parfait. Mais comme nous l’avons dit plus haut, Sufjan se veut imprévisible et n’aime pas qu’on prétende savoir ce qu’il nous prépare. Et ce qu’il nous prépare, c’est 25 minutes et 35 secondes carrément fantastiques. Le prodige cherche la surperfection. Impossible Soul prend des milliards d’avenues et nous fait découvrir des milliards de cieux. Un morceau plus que parfait pour achever un album plus que parfait.

Le mercredi 17 février, la journée de toute une année, la découverte de toute une année.

Sufjan Stevens — Vesuvius
Chef d’œuvre.

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Sufjan Stevens — I Walked
Une voix superbe.

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Sufjan Stevens — Impossible Soul, Partie 1

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Sufjan Stevens — Impossible Soul, Partie 2

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Pour écouter l’album : http://music.sufjan.com/

Myspace : http://www.myspace.com/sufjanstevens

Hamza Sayah (Hamza Sayah)



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