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Shabazz Palaces – Black Up
Shabazz Palaces est un projet mystérieux d’Ishmael Butler de Digable Planets. Malgré quelques années d’appartenance sur la scène musicale avec deux EPs, Shabazz Palaces débarque aux yeux de tous de manière fracassante avec l’excellent Black Up, l’un des meilleurs albums de l’année. Lcassetta chronique pour vous cet album qui fait énormément de bruit.
Soyons clairs. Dans 5 ou 6 ans, Black Up deviendra un classique du hip-hop alternatif et expérimental, au même titre que Madvillainy de Madvillain ou Deltron 3030 de Deltron 3030. Shabazz Palaces offre une expérience musicale unique et nouvelle à travers tout un univers créé par l’album. La part de mystère autour de l’album renforce son côté intriguant… Tout est fait pour alimenter ce mysticisme. L’ambiance musicale est très intrigante… et la production atypique. Des beats allant de la dubstep au jazz, beaucoup de changement de pitch, beaucoup d’échos et de jeux sur la voix, la voix est ici un instrument. Dans le rap, on dit souvent que le beat accompagne la voix… Ici on ne peut ignorer l’un ou l’autre, ils ne font qu’un. C’en est presque flippant ! répétitions, incantations, boucles, distorsions, sur le papier on pourrait croire à de la witch house. Mais il n’en est rien, c’est entièrement nouveau.
C’est toute une mécanique, si bien qu’on ressent presque que la musique tourne autour de la voix, comme des incantations. Même la construction est atypique… Très peu de refrains, souvent chaque son contient différentes parties. On pourrait difficilement appeler ça des couplets dans la mesure où ils ne sont pas enchaînés mais totalement désordonnés. Et les titres ! Chaque chanson est tout un programme avec les titres profonds, intrigants et mystérieux.
C’est l’exemple d’An echo from the hosts that profess infinitum, qui est d’ailleurs l’un des titres phares de l’album. Le beat presque déchiré, qui se transforme en rythmes tribaux, sur une ode à l’underground qui se finit en un loop psychédélique, qui fait presque penser à une incantation. Cette ambiance est retranscrite dans la majorité de l’album. Free press and Curl est un son magnifique, bâti sur un beat de qualité et qui se transforme peu à peu en une toute autre mélodie intense et engagée, sur des rimes puissantes qui redéfinissent un rapport à la vie de manière philosophique, pour s’achever dans des proportions plus divines et épiques, agrémentées de Thou Shalt propres aux 10 commandements et de chants africains et de gospels. Damn !
C’est tout l’univers de Shabazz Palaces qui est fascinant et mystérieux. Un mélange de cultures, allant des symboles arabes sur la pochette aux différentes sources d’inspiration des sons, Shabazz Palaces recréent un univers avec plusieurs cultures, tout en y imposant leur propre culture futuriste et expérimentale. Ajoutons à ça une pincée de mysticisme et de spiritualité à la Gonjasufi, et un peu d’originalité à la OVNI de cLOUDDEAD. En tout ça ressemble beaucoup au dernier Deathgrips, en moins puissant et… énervé, mais surtout en plus élaboré et profond. Shabazz Palaces sont des aventuriers du rap, qui avancent dans l’underground pour extraire tout ce qu’on n’a jamais découvert dans ce genre. Ils reviennent aux racines du hip-hop avec leurs lyrics excellentes et profondes.
On sait aussi se mettre bien chez Shabazz Palaces. Des morceaux très chill et hypnotisants accompagnent l’aventure Black Up. Le beat assez glitchique accompagné du chant féminin distordu en background de Recollections of the Wraith est du plus bel effet pour créer une ambiance chill. Clear some space out, so we can space out ! On retrouve cette tranquillité sur beaucoup de sons de l’album, comme Are you… Can you… Were You ? (FELT) (bordel que j’aime ces titres) où Palacer Lazaro rappe en high pitched sur un beat très répétitif pour finir sur un It’s a feeling répété une vingtaine de fois. L’art de la répétition fait émerger une ambiance hypnotisante et calme propre à l’album. On comprend que c’est un vrai feeling. Non, on le ressent. I can’t explain it with words, dit-il, et on le comprend car c’est un feeling. Tout l’album en est un, on vit la spiritualité de Shabazz Palaces.
On a même droit à des chansons d’amour. A treatease dedicated to The Avian Airess from North East Nubis (1000 questions, 1 answer) présente le même côté hypnotisant, avec une pluie de questions simples à la fin, qui es-tu, que fais-tu, comment vas-tu, etc. C’est aussi simple que ça, mais c’est totalement frais. et nouveau. Palacer Lazaro est tout seul. On sent le côté atypique à travers son point de vue, ses réflexions sur la vie… On entend bien quelques nouvelles voix, une ou deux sur quelques sons. Sur la psychédélique Endeavors for Never (The last time we spoke you said you were not here. I saw you though.) le beat jazzy du début est accompagné par une douce voix féminine du plus bel effet.
Shabazz Palaces jouent avec les mots. De la longueur des titres à la complexité et à la profondeurs des lyrics, on comprend que Palacer Lazaro a beaucoup de choses à dire, et qu’il crée tout un univers de mots, d’expressions plus profondes les unes que les autres, sur une production qui frôle la perfection. On dirait qu’il essaye de nous connecter à l’univers de Shabazz Palaces avec les mots et les titres à rallonge. C’est frais, c’est original, c’est un effort personnel, on sent l’implication, it’s a feeling.
Cet album est définitivement l’un des meilleurs albums de cette année, en tout cas l’un des plus réussis et frais, on le retrouvera sans aucun doute dans toutes les listes de fin d’année. Son côté expérimental et très original, qui explore les recoins inconnus du hip-hop et sa profondeur intellectuelle inspirera des générations de rappeurs. Shabazz Palaces créent presque un nouveau hip-hop. Hip-hop is’nt dead.














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