SBTRKT – SBTRKT

SBTRKT

Dans une scène musicale électro où le minimalisme se fait sentir, et où la dubstep évolue en une musique plus profonde, calme et aboutie, SBTRKT, un jeune producteur londonien essaye de transformer ce nouveau mouvement musical qu’est la post-dubstep en une musique plus éclectique. 

Masque tribal, grande variété de vocals, rythmes wonky… On s’attend à quelque chose d’original ! Pourtant SBTRKT n’a rien inventé, il mélange plusieurs styles et essaye de donner un nouveau chemin à la post-dubstep. Ainsi, on retrouve une production très variée, voire même trop, alternant des sons plus calmes et des sons plus garage, dubstep. On sent les influences de SBTRKT à travers sa production : Il focalise ses chansons sur le chant. Un chant excellent d’ailleurs, et assez varié. On retrouvera Little Dragon sur Wildfire, l’un des titres les plus frais de l’album, mais aussi Sampha sur la majorité des titres de l’album, et d’autres voix. Il essaye de centrer sa production autour du chant, souvent plein d’émotions et de profondeur. Mais les racines électroniques sont négligées, on sent que le beat est presque là pour meubler, et pour accompagner faiblement le chant. Pourtant le beat est en adéquation avec le chant, mais il est trop peu… intelligent. C’est tout simple, peu de complexité. Assez étrange pour de la musique plus wonky à la FlyLo !

Image de prévisualisation YouTube

SBTRKT n’a rien inventé, je le répète. Malgré des résonances plus funky et variées que ses voisins, c’est beaucoup moins abouti. Plus éclectique que Jamie XX, plus électrique que James Blake, mais moins talentueux et abouti. En tout cas, on apprécie la musique moins minimaliste malgré l’utilisation d’ambient dans les beats, grâce à un son beaucoup plus funky, voire même disco ou deep house, mais surtout grâce au chant. Le chant fait tout. Certains tracks font penser à la fraîcheur du premier Hercules And Love Affair, offrant une pop au son disco et funky. SBTRKT reste dans la même vague, mais est plus dans l’ère du temps.

C’est vraiment dommage que SBTRKT fasse passer le chant avant tout. Au lieu de travailler sur la voix pour créer une musique où le beat est en symbiose avec la voix, le beat n’est ici qu’un “support”. Heureusement que sur certains sons, il se focalise plus sur le beat que le chant, comme le très bon Go Bang ou Sanctuary, où on part dans un délire électronique et wonky dont l’énergie et la profondeur des basses rappelle les meilleurs jours d’Araabmuzik, un véritable Electronic Dream. Ici, la voix fait partie de la chanson comme un instrument, samplé, modifié, une symbiose ! Le rythme oriental de Go Bang est de toute beauté. Après, sur beaucoup de chansons, comme Wildfire, qui est pas mal du tout, il fait en sorte de travailler la voix par rapport au beat. Un rythme plus dubstep/glitch-hop, et énergique, où le chant n’est pas simplement superposé mais travaillé.

Image de prévisualisation YouTube

Sa musique, ça a quand même une part de dubstep, donc y intégrer beaucoup de R’n'B peut laisser assez perplexe. Sampha chante très bien, avec beaucoup d’émotion, et beaucoup d’implication personnelle. De même pour les autres collaborations. Dommage que SBTRKT ne fournisse pas le même effort, car beaucoup de sons sont peu aboutis, et en général l’album laisse une certaine amertume par rapport à un manque de travail, une production presque hésitante qui empêche d’avoir des sons frôlant la perfection, mais plutôt une flopée de sons qui sont bons. Oui bons, simplement bons, rien d’exceptionnel ici. C’est vraiment regrettable, car SBTRKT est très éclectique, varié, et offre parfois de bonnes surprises. Le manque de cohésion et d’investissement rend tout ça peu abouti. Pourtant, sur certains sons, on sent de la nouveauté, comme sur Hold On qui réussit ce que James Blake a raté sur son dernier LP : Un son certes tranquille, minimaliste, mais captivant, et qui évolue. Something Goes Right est tout aussi frais, usant de la distorsion du beat et du rythme disco pour agrémenter le chant et aboutir en quelque chose de frais, original, et presque jovial, comme le maîtrise Totally Enormous Extinct Dinosaurs sur des sons comme Garden ou Trouble.

Image de prévisualisation YouTube

Ainsi, avec SBTRKT, on évolue vers une post-dubstep plus focalisée sur l’électro, plus funky. Quand SBTRKT saura exploiter le chant et utiliser le beat à sa manière, il fera de l’excellente musique, car tous les sons sont bons ! mais aucun ne dépasse ce stade de l’exceptionnel qui vous fera cliquer sur “répéter” pendant des heures. On ne regrettera pas d’écouter son album au moins une fois, car il ne fait quand même aucune fausse note, et individuellement, chaque son est frais, même si tout l’album reste quand même faible. On appréciera quand même l’album, et l’écoute de temps en temps. Un encourageant 7.4/10.

Si Mohammed El Hammoumi (Si Mohammed El Hammoumi)

Etudiant de 18 ans passionné de musique underground. Je connais la musique comme ma poche et des trucs que même Discogs ignore... Je te fais découvrir les meilleures et les pires sorties, je façonne ton goût. C'est moi qui analyse la musique actuelle et qui vous cultive. Pour vous servir.



Commentaires :